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Regards sur le Travail - Edition 12 14 mars 2010 - 6 avril 2010

Le travail révélé – Image documentaire et réalités professionnelles

Entre fatalisme et souffrance, exclusion ou soumission, la représentation du travail dans les films contemporains ne fait que peu de place à l’idée d’une activité professionnelle valorisante et valorisée. Le triptyque documentaire La mise à mort du travail (Jean-Robert Viallet, 2009), aux titres de chapitre symptomatiques (“la dépossession“, “l’aliénation” et “la décons- truction”) ne nous dit pas le contraire, et a fait l’objet d’une rencontre débat sur les nouvelles techniques de management “par la manipulation”.
En ces temps troubles de réorganisation du monde du travail, nous nous sommes également arrêtés sur les bouleversements du service public, à la suite de la projection du film Cheminots (Luc Joulé & Sébastien Jousse, 2009), un documentaire qui questionne, avec les employés de la SNCF, les funestes développements de leur entreprise. Si le temps des combats collectifs n’est pas mort, il est pourtant mal en point, et les travailleurs paraissent davantage isolés pour faire face à des contraintes de travail toujours plus déstabilisantes et génératrices de stress.

Et pourtant le travail c’est aussi toute une pléiade de métiers qui “créent du lien” - un peu d’humanité ! Une soirée fut l’occasion de faire un point, avec des acteurs du secteur, sur les évolutions du travail des soignants en santé mentale, appuyés en cela par deux films d’une belle intelligence : Les petites mains nous entraine aux côtés de jeunes pensionnaires d’un institut médico-éducatif qui se frottent à leurs premières réalités de travail, accompagnés dans cette démarche par leurs éducateurs, et Valvert, dans un hôpital psychiatrique de Marseille, créé au milieu des années 70, dans un esprit d’ouver- ture et de libre circulation.

Une soirée hommage à Jacques Duez fut également organisée pour (re)voir les films de cet accoucheur d’idées, dont la pédagogie du questionnement et l’extraordinaire attention portée aux autres démontent tout embryon de résignation.

Regards sur le travail c’est aussi des projections de films de patrimoine à la Cinematek. Dans ce cadre nous vous avons proposé un programme inédit de courts métrages roumains, réalisés entre 1960 et 1989, et étonnement critique de la politique du régime de Ceausescu à l’égard des travailleurs. Nous vous avons également présenté une double affiche de films militants des années 70 qui interrogent la condition féminine au travail.

Pour le dépliant Regards sur le travail 2010 cliquez ici :

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Programme "Regards sur le travail" - 2010
14 mars Soirée : hommage au pédagogue Jacques Duez 14 mars
20h15 , Cinéma Arenberg ( Voir les accès et tarif )

3 films présentés dans le cadre d’une soirée hommage au pédagogue Jacques Duez et à son travail à l’écoute des enfants.

Professeur de morale en école primaire, et passionné de cinéma, Jacques Duez a placé la caméra au cœur de son dispositif pédagogique, et utilisé la vidéo comme medium de communication avec, et entre, ses élèves. Témoin émerveillé d’une pensée qui s’éveille chez ces enfants, Jacques Duez a filmé pendant plus de 20 ans les discussions et les débats qu’il organisait dans le cadre de son cours et fait circuler ces images entre les différentes classes où il enseignait. En 2001, Wilbur Leguèbe et Agnès Lejeune retraçaient son aventure humaine dans la formidable série documentaire : Journal de classe.

La soirée fut l’occasion de (re)voir le premier épisode de la série, ainsi que quelques autres beaux documents filmés par l’enseignant au cours de sa carrière...et discuter avec des pédagogues, et amis de Jacques Duez, de son approche de l’enseignement, et ses apports à la vie scolaire.

Programmation organisée en collaboration avec Emmanuel Massart, de l’asbl Des images.

Projection précédée d’une introduction au travail de Jacques Duez par Philippe Beague, psychologue, psychanalyste, et directeur de l’Association Françoise Dolto. Et soirée ponctuée de quelques autres rares documents filmés.

Premières audaces

Premier épisode de la série Journal de classe qui raconte l’histoire singulière d’un cours de morale laïque dispensé depuis 1969 par Jacques Duez, dans des petites écoles de village. Dans ce premier épisode, les réalisateurs posent les bases de la démarche pédagogique de cet instituteur hors norme.

Enfant mon ancêtre

Jacques Duez, Belgique, 2005

En 1987, Frédéric a 7 ans. Sa raison le pousse à ne pas vouloir devenir vieux, qui rime avec “sérieux”. 20 ans plus tard, Jacques Duez et Frédéric se retrouvent pour visionner les vidéos de son enfance. En se revoyant à l’écran, le jeune homme mesure la distance entre l’enfant astucieux qu’il était et l’adulte qu’il est devenu, et s’attache à retrouver ce drôle de petit bonhomme.

Drôle de boulot que le boulot de bourreau

Jacques Duez, Belgique, 1998

Mené et filmé par un pédagogue singulier, Drôle de boulot... raconte en 15 minutes le métier de professeur de morale laïque, la jouissance de l’échange libre entre élèves et enseignants, mais aussi les défis de ce métier : comme transmettre sans imposer, aider l’enfant à organiser sa pensée et se poser les questions éthiques qui lui permet- tront d’avancer. Une belle leçon de pédagogie.

16 mars Programme : courts métrages roumains 16 mars
21h00 , Cinematek ( Voir les accès et tarif )

Programmation de 5 courts-métrages roumains réalisés entre 1960 et 1989, et étonnement critiques de la politique du régime de Ceausescu à l’égard des travailleurs.
Le programme introduit par Dominique Nasta, professeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste des cinémas de l’Est.

Usine

(Uzina)
Slavomir Popovici, Roumanie, 1963

Exaltation filmique du progrès industriel, les superbes images d’Uzina nous entraînent dans la Roumanie de la modernité.

L’eau comme un buffle noir

(Apa ca un bivol negru)
Dan Pita, Mircea Veroiu, Stere Gulea, Roumanie, 1971

Suite à des inondations importantes au début des années 70, une équipe de plusieurs cinéastes part en Transylvanie pour préparer un long métrage sur cette catastrophe. La censure trouve le film trop “humain” / “esthétique”, et les réalisateurs sont incités à ajouter une bobine – la première – sur des aspects positifs de la politique de recons- truction de Nicolae Ceausescu. Ce film, présenté dans une version longue au festival de Locarno en 1971 sous la signature de deux réalisateurs seulement, a servi de carte de visite pour toute une génération de jeunes cinéastes, dont plusieurs émigreront quelque temps après le tournage, et est désormais considéré comme un classique du documentaire roumain.

Ioane, comment est la construction ?

(Ioane, cum e la constructii ?)
Sabina Pop, Roumanie, 1983

De l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, le film suit les travailleurs du bâtiment tout au long de leur journée de labeur. L’usage de l’ironie dans ce documentaire renverse les clichés sur l’héroïsme et les exploits accomplis collective- ment sur le chantier. Parallèlement, Sabina Pop laisse un espace important aux images poétiques et d’ambiance.

Le jour viendra

(Va veni o zi)
Copel Moscu, Roumanie, 1983

Portrait d’un établissement avicole, le film oscille entre document pédagogique sur l’élevage des dindes et sur les méthodes d’éducation délivrées par le jardin d’enfant créé au sein de l’entreprise. Simple présentation d’une fabrique à l’organisation du travail modèle ou sévère critique du lavage de cerveau étatique ? Le montage spasmodique de Va veni o zi laisse peu d’ambiguïté quant à la dénonciation moqueuse du régime autoritaire par Copel Moscu. Le film, réalisé en 1985, ne sortira qu’en 1992.

Et comme sentiment, un cristal

(Iar ca sentiment un cristal)
Bose Ovidiu Pastina, Roumanie, 1987

Portrait d’Ivan Patzaichin, champion olympique multi-primé en canoë-kayak, sans dialogue et sans commentaire. L’approche impressionniste de Bose Ovidiu Pastina fait davantage émerger la solitude de ce grand athlète que l’importance de ses prestations sportives.

20 mars Film : La dépossession 20 mars
18h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Film présenté dans le cadre d’une soirée consacrée au triptyque La mise à mort du travail, fruit d’une immersion de deux ans de l’équipe de réalisation dans le monde de l’entreprise.

La dépossession

Jean-Robert Viallet, France, 2009

La dépossession raconte l’extraordinaire pouvoir des actionnaires sur le travail et les travailleurs. L’histoire nous transporte d’une usine Fenwick, un fabricant industriel de matériel de manuten- tion implanté dans le centre de la France, jusqu’aux arcanes de la finance new-yorkaise. Entreprise française née il y a 150 ans, Fenwick est racheté en 2006 par l’un des financiers les plus redoutés des Etats-Unis, Henry Kravis, un homme à la tête du fonds d’investissement KKR, dont les ventes annuelles dépassent celles de Coca-cola, Disney et Microsoft cumulées.Avec ce rachat, la donne va radicalement changer pour les salariés français de Fenwick. Cette même histoire se déroule dans des dizaines de milliers d’entreprises à travers le monde.(extrait dossier de presse)

Film : L’aliénation 20 mars
20h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Film présenté dans le cadre d’une soirée consacrée au triptyque La mise à mort du travail, fruit d’une immersion de deux ans de l’équipe de réalisation dans le monde de l’entreprise.
Projection suivie d’une rencontre-débat, en présence du réalisateur Jean-Robert Viallet, de Mateo Alaluf, sociologue du travail et chercheur à l’ULB, et de représentants du SETCA (syndicat des employés, techniciens et cadres) de la FGTB.

L’aliénation

Jean-Robert Viallet, France, 2009

En Europe, 3 salariés sur 4 travaillent dans les services. L’équipe de réalisation s’est immergée au sein de l’entreprise Carglass, filiale bien connue du groupe anglais Belron et présente dans plus de 30 pays, pendant plus d’un an avec l’ambition de capter au plus près les évolutions du secteur ter- tiaire, et s’interroger sur la notion de “crise du travail”. Le constat est amer : au nom d’une amé- lioration constante de la “qualité” du service (i.e. productivité maximale, satisfaction du client), les directions ont développé au sein de leurs entre- prises un saisissant management de la manipula- tion, une version postmoderne du paternalisme, contribuant à la fragmentation de l’individu.

21 mars Programme : courts métrages - "chorégraphier l’aliénation" 21 mars
16h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Capter/chorégraphier l’aliénation : programme de 3 courts métrages autour de la question du travail.

Pour l’empire

Amy Carroy, France, 2006

Le bourdonnement d’un néon défectueux, le bruit des camions qui se répercute sur la tôle, l’écho, le vide, la lumière blafarde des écrans de surveillance, le tic-tac de la montre qui emplit la pièce, le silence, l’attente. La solitude du veilleur de nuit.

Plastic and Glass

Tessa Joosse, France, 2009

Du fonctionnement des machines prodigieuses jusqu’au travail manuel de triage, le film montre le processus de recyclage. Le bruit qui accompa- gne le travail devient une cadence et le son de l’usine devient un rythme constant.

Chaîne alimentaire

Marie-Louise Sarr, Sénégal, Belgique, 2008

L’Université Gaston Berger du Sénégal compte près de 5000 étudiants. Le restaurant universitai- re assure la nourriture quotidienne de tout ce monde. Une chaîne alimentaire qui fonctionne chaque jour, des premières lueurs de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit. Ce film capte la transformation lente et minutieuse des aliments, mais aussi des corps au travail de ceux et celles qui préparent et servent les repas.

Film : Les petites mains 21 mars
18h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Film programmé dans le cadre d’une réflexion portée sur les soignants en santé mentale, des professions au contact et à l’écoute.
Rencontre débat à l’issue de la projection, organisée en collaboration avec l’association Psymages. En présence notamment des réalisateurs, de Philippe Hennaux, psychiatre, médecin directeur de l’asbl L’Equipe, et de Pierre Smet, psychanalyste et membre de l’équipe du service de santé mentale le SAS.

Les petites mains

Edie Laconi, France, 2009

La déficience et le handicap mental sont-ils solubles dans le travail ? Ici, à l’institut médico- éducatif, de jeunes pensionnaires apprennent à travailler. Rétifs, dociles, mutiques, tendres, violents, ils se parfont, ils produisent, ils se soignent, cependant qu’ils rêvent, qu’ils aiment ou se révoltent. Les éducateurs chargés d’accom- pagner les jeunes dans cette nouvelle étape de leur vie guident, encouragent... et parfois laissent percer la difficulté de leur travail...

Film : Valvert 21 mars
20h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Film programmé dans le cadre d’une réflexion portée sur les soignants en santé mentale, des professions au contact et à l’écoute.

Rencontre débat à l’issue de la projection, organisée en collaboration avec l’association Psymages. En présence notamment des réalisateurs, de Philippe Hennaux, psychiatre, médecin directeur de l’asbl L’Equipe, et de Pierre Smet, psychanalyste et membre de l’équipe du service de santé mentale le SAS.

Valvert

Valérie Mréjen, France, 2008

Valvert est un hôpital psychiatrique de Marseille créé au milieu des années 70, dans un esprit d’ou- verture et de libre circulation. Le film dresse un portrait de l’endroit, à travers une observation du quotidien, mêlant entretiens avec des soignants et scènes de vie des patients, dans une ambiance résolument éloignée du modèle asilaire.

30 mars Programme : moyens métrages - films militants des années 70 30 mars
19h00 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Le travail des femmes, le pouvoir des hommes – arrêt sur deux films militants des années 70.

En présence du réalisateur Marian Handwerker.

Petites têtes, grandes surfaces. Anatomie d’un supermarché

Collectif Cinélutte, France, 1974

La vie d’une grande surface de la région parisien- ne captée par des réalisateurs narquois, mettant en regard le travail des caissières et les métho- des managériales réfléchies par leurs chefs.

Bernadette, Anne, Claudine et leurs camarades

Marian Handwerker, Belgique, 1978

Le film donne la parole à des ouvrières qui témoignent de leurs vies professionnelle et familiale. Elles livrent à l’écran une réflexion lucide et toujours d’actualité sur leur condition de femme, les obligations et avancées obtenues tant dans le monde du travail qu’au sein de leur propre foyer.

6 avril Cheminots 6 avril
20h30 , Centre culturel Espace Delvaux ( Voir les accès et tarif )

Projection suivie d’un débat en présence des réalisateurs, de Corinne Gobin, politologue et maître de recherche FRS-FNRS, et Gérard Gelmini, responsable des cheminots pour
la FGTB.

Cheminots

Luc Joulé, Sébastien Jousse, France, 2009

À travers un voyage inédit dans les différents sites ferroviaires de Provence-Côte d’Azur et en filigrane des nombreux témoignages de tous les métiers en jeu, se dessine une évidence : les valeurs qui fondent l’entreprise de service public depuis toujours sont aujourd’hui confrontées à une nouvelle organisation du travail. La solidarité cède la place à l’isolement, la communauté à la division. Alors que la culture managériale se sub- stitue à la culture cheminote, que devient le rap- port au travail ? Comment les cheminots vivent-ils ces bouleversements profonds ? Le train continue- t-il de structurer le territoire et l’espace social ? Autant de questions, nourries des réflexions du cinéaste Ken Loach et du grand résistant Raymond Aubrac, auxquelles les déclarations des cheminots, précises et fouillées, captées dans leur vérité et leur humanité apportent un éclairage primordial pour qui veut décrypter les transforma- tions que subit actuellement le monde du travail. (extrait du dossier de presse)

27 avril Rencontre littéraire : "Usine occupée - 46 portraits de travailleurs de Royal Boch" - Avec Daniel Adam et Véronique Vercheval 27 avril
20h00 , Librairie Passa Porta ( Voir les accès et tarif )

Pour poursuivre la réflexion de cette douzième édition de Regards sur le travail :
Usine occupée...la librairie Passa Porta vous invite à un vernissage-rencontre autourdu livre "usine occupée - 46 portraits de travailleurs de Royal Boch" (photos de Véronique Vercheval et textes de Daniel Adam), en présence des artistes.